Un atelier d’échanges réunissant des organisations de jeunesse, des institutions publiques et des partenaires internationaux s’est tenu à Ouagadougou pour renforcer la lutte contre le VIH/SIDA. La rencontre, placée sous le signe de la collaboration intergénérationnelle, a été marquée par une intervention forte du directeur pays de l’ONUSIDA, Dr Joy Backory, qui a rappelé l’importance de rester vigilant malgré les progrès réalisés.
Dans son intervention, le directeur pays de l’ONUSIDA est revenu sur la période critique des années 1995 à 1997. Dr Backory a livré un témoignage sur l’ampleur de l’épidémie qui frappait alors le Burkina Faso. « À l’époque, chaque week-end, les familles se rendaient au village pour enterrer un parent, un voisin, un collègue. La maladie touchait les instituteurs, les militaires, les fonctionnaires. Le pays était en danger », a-t-il rappelé.

Au milieu des années 90, la prévalence du VIH dépassait 7%, soit près de 700 000 Burkinabè vivant avec le virus. La situation était si alarmante que les Nations Unies avaient organisé pour la première fois une Assemblée générale consacrée exclusivement au VIH, reconnaissant son impact direct sur la sécurité mondiale.
Aujourd’hui, la situation est nettement meilleure. Selon les estimations nationales actuelles, la prévalence nationale se situe autour de 0,6%. Pour Dr Backory, ces résultats sont le fruit « du sacrifice et du travail acharné de nos aînés, ceux qui ont combattu aux premières heures de l’épidémie ».
Cependant, il appelle à la prudence, soulignant que les chiffres nationaux masquent des réalités préoccupantes. « Dans certains groupes de jeunes hommes et jeunes femmes, les prévalences dépassent les 30%. Beaucoup vivent avec le virus sans connaître leur statut. C’est là que se trouvent aujourd’hui les véritables défis », a-t-il averti.
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Le directeur pays de l’ONUSIDA insiste sur la nécessité d’un engagement massif en faveur du dépistage. « Connaître son statut, c’est la première porte de la prévention et du traitement », a-t-il déclaré. Il rappelle que les traitements actuels permettent aux personnes vivant avec le VIH de mener une vie normale, de fonder une famille, de contribuer au développement du pays et protéger ceux et celles qu’elles aiment.
À l’adresse des jeunes, il a lancé : « votre contribution est capitale. Vous n’êtes pas seuls. Ce combat est aussi le vôtre, et nous sommes là pour vous accompagner ».
Impliquer les jeunes dans la lutte
Arnaud Ouédraogo, secrétaire général de l’Association des jeunes pour la lutte contre le VIH, a souligné l’importance de cet atelier, conçu comme un espace de dialogue franc et inclusif. « L’objectif est de créer un cadre où institutions, partenaires et acteurs de terrain peuvent parler sans langue de bois des réalités du VIH et de la participation des jeunes », a-t-il expliqué.

Pour lui, la participation de la jeunesse à la riposte reste insuffisante malgré son rôle central. « Rien ne doit se décider concernant notre avenir et notre santé sans que nous soyons autour de la table », a-t-il insisté. Il a également appelé à une mobilisation accrue. « On ne peut pas gagner cette lutte sans l’implication pleine et entière des jeunes. Il faut que nous nous engagions, que nous prenions la parole, que nous préservions notre santé et que nous nous fassions dépister. Il vaut mieux ne pas avoir le VIH que de devoir le gérer toute sa vie », conseille-t-il.
L’atelier a réuni plusieurs institutions, dont l’ONUSIDA, l’UNICEF, l’UNFPA, Plan International, ainsi que des représentants des districts sanitaires et des organisations communautaires actives dans la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose. Les participants travaillent à l’élaboration d’une feuille de route visant à renforcer l’implication des jeunes à tous les niveaux de la riposte.
Une jeunesse au centre des enjeux
Avec 32% de la population âgée de 15 à 24 ans, le Burkina Faso dispose d’un formidable potentiel démographique. Mais pour Dr Backory, cette richesse peut se transformer en fragilité si les jeunes n’ont pas accès à la santé et à l’éducation.

Il rappelle également une statistique alarmante. En effet, à l’entendre, « en 2024, près de 13% des décès liés au VIH dans le monde concernaient des enfants. Cela doit nous interpeller ».
En clôturant son intervention, Dr Joy Backory a réaffirmé l’engagement des agences des Nations Unies à accompagner la jeunesse burkinabè. « Je suis ici pour vous écouter. J’ai besoin de connaître vos réalités, vos critiques, vos difficultés. Parce que c’est sur le terrain que la vérité se dit », a-t-il affirmé.

À l’issue de la rencontre, le message central est que le dépistage, la prévention, l’engagement et la participation active des jeunes sont indispensables pour maintenir les acquis obtenus après des décennies de lutte. L’objectif d’un Burkina Faso sans Sida reste possible, mais il dépend désormais de la capacité de la jeunesse à prendre véritablement sa place dans la riposte, conclut-il.
Par Espoir info






