Détecter le cancer du foie tôt pour le dompter : Dre Rebecca Compaoré, chercheure à l’IRSS/CNRST, en fait son cheval de bataille

Tegawendé Rebecca Compaoré est une chercheure en biologie moléculaire et en microbiologie à l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS/CNRST), au Burkina Faso. Animée par le désir de contribuer à l’amélioration de la santé publique, elle s’est orientée vers la recherche sur le VIH et les hépatites, après avoir constaté que ces dernières constituent une cause majeure du cancer du foie chez les adultes africains. La perte d’une tante emportée par cette maladie a renforcé sa détermination.

Récemment lauréate de la bourse UNESCO–Guinée équatoriale destinée aux jeunes femmes scientifiques en Afrique, cette reconnaissance internationale représente pour elle un honneur et une validation de son travail. Dr Rebecca Compaoré espère que son parcours inspirera d’autres jeunes femmes à s’engager dans la recherche scientifique. Lisez l’entretien qu’elle nous a accordé !

Espoir Info (EI) : Quelles ont été vos motivations pour vous lancer dans la recherche, plus particulièrement dans le domaine du cancer ?

Tegawendé Rebecca Compaoré (TRC) :
Ma première motivation a été de contribuer à la santé publique. Depuis mon bas âge, j’en rêvais. Après le baccalauréat série D, je me suis orientée dans ce domaine. J’ai commencé par travailler sur le VIH et les hépatites, avant de me rendre compte que les hépatites sont une cause majeure du cancer primitif du foie, qui survient très tôt chez les adultes africains.

En moyenne, l’âge de détection du cancer du foie chez un Africain noir se situe autour de la quarantaine, ce qui est très précoce. J’ai également perdu une tante à cause de cette maladie, ce qui m’a poussée à m’engager davantage dans ce combat.

EI : Quelles sont les principales étapes de votre parcours académique et professionnel qui vous ont conduite à ce niveau de recherche ?

TRC : Après le baccalauréat, j’ai d’abord obtenu un bachelor, équivalent d’une maîtrise aux États-Unis, en sciences biologiques. J’ai ensuite poursuivi un master en santé publique, option microbiologie et maladies infectieuses, toujours aux États-Unis.
Après ce master, je suis rentrée au Burkina Faso pour réaliser ma thèse à Ouagadougou, à l’Université Joseph Ki-Zerbo, sous la direction du professeur Jacques Simporé, sur la thématique du VIH et des hépatites.

Dre Rebecca Compaoré a fait de la lutte contre le cancer du foie la priorité de ses recherches dans le but de sauver beaucoup de vie en Afrique

EI : Vous avez récemment reçu une bourse de l’UNESCO–Guinée équatoriale pour les jeunes femmes scientifiques en Afrique. Qu’est-ce que cela représente pour vous personnellement ?

TRC : (Émerveillement) Waouh ! C’est une immense reconnaissance. Lorsque j’ai vu l’appel, je me suis dit : pourquoi ne pas tenter ? Il fallait passer par la Commission nationale, et nous n’avions aucune idée de l’issue.

Être reconnue par un jury d’un tel niveau est un grand honneur. Cela me confirme que mon travail est apprécié et mérite d’être encouragé.

EI : Essayez de nous décrire l’émotion ou les pensées qui vous ont traversées au moment de cette annonce.

TRC : J’ai découvert la nouvelle par e-mail, un jour après la réception du message. Je ne m’y attendais pas du tout. Le correspondant ne m’était pas familier. En ouvrant le message, j’ai lu : « Nous avons le plaisir de vous informer que vous avez été sélectionnée », accompagné d’une lettre signée par un représentant de la commission.
C’était une immense joie. J’ai aussitôt annoncé la nouvelle à mes collègues : le dossier avait été retenu. Nous étions seulement deux lauréates sur soixante candidates en Afrique.

Lire aussi ➡️Burkina : Dr Rebecca Compaoré distinguée par l’UNESCO pour ses recherches sur le cancer du foie

EI : En termes simples, expliquez l’objectif principal de vos recherches sur le cancer du foie et dites-nous pourquoi ce travail est particulièrement important pour les populations africaines.

TRC : L’objectif principal est de développer des tests permettant de détecter le cancer du foie sans recourir à une intervention chirurgicale ou à une biopsie. L’idée est de pouvoir identifier, à partir d’une simple prise de sang, des marqueurs indiquant qu’un patient commence à développer un cancer.

Lorsque la maladie est détectée tôt et que la partie atteinte du foie est limitée, une intervention chirurgicale peut prolonger significativement la vie du patient. Malheureusement, lorsque le cancer est diagnostiqué tardivement et que tout le foie est atteint, les options thérapeutiques sont très limitées, avec un pronostic vital souvent inférieur à deux mois.

EI : Donc, à l’heure actuelle, lorsqu’un cancer du foie est détecté, c’est presque une condamnation ?

TRC : Oui, malheureusement. Beaucoup de patients ne dépassent même pas trois mois de survie.

EI : Cette bourse permettra-t-elle à vos recherches de favoriser une détection plus précoce du cancer ?

TRC : Nous l’espérons fortement. Des éléments prometteurs ont déjà été identifiés à travers des études pilotes. Cette bourse va nous permettre de poursuivre leur validation afin de distinguer efficacement les personnes développant un cancer de celles qui ne le sont pas.

EI : Que va permettre concrètement cette bourse pour votre travail ?

TRC : Elle va nous permettre d’acquérir des intrants essentiels : réactifs et matériels de laboratoire indispensables à la validation de nos résultats et à la poursuite des tests.

EI : En quoi cette reconnaissance internationale peut-elle renforcer la recherche scientifique ?

TRC : Elle peut galvaniser d’autres chercheurs, en montrant que l’excellence est possible. Il existe d’ailleurs une autre distinction plus importante, le Prix UNESCO–Guinée équatoriale pour la recherche en sciences de la vie, destiné aux chercheurs seniors. Je pense que plusieurs scientifiques africains pourraient également y prétendre.

La bourse reçue permettra d’approfondir ses recherches sur le cancer en vue de travailler à le dompter en Afrique, particulièrement au Burkina Faso

EI : Quel est approximativement le montant de cette bourse ?

TRC : Elle s’élève à 25 000 dollars américains, soit environ 14 millions de francs CFA.

EI : Pensez-vous que ce prix peut inspirer d’autres jeunes à se lancer dans la recherche ?

TRC : Absolument. L’un des objectifs de cette bourse est de promouvoir la science auprès des jeunes femmes. Elle montre que c’est possible. Si l’une d’entre nous y est arrivée, d’autres peuvent aussi réussir, voire faire encore mieux.

EI : Quel est l’impact de cette bourse sur l’image du Burkina Faso dans la communauté scientifique internationale ?

TRC : Elle valorise l’image du Burkina Faso, d’autant plus que les candidatures francophones sont encore peu nombreuses. La plupart provient de pays anglophones. Voir un pays francophone, et en particulier le Burkina Faso, représenter à ce niveau est encourageant.

EI : Qu’est-ce qui explique cette faible représentativité francophone ?

TRC : Il y a sans doute un déficit d’information et parfois la barrière linguistique. Mon parcours bilingue a été un atout. Toutefois, beaucoup de chercheurs ont les compétences nécessaires mais manquent de confiance.

Mon message aux jeunes femmes est de rester déterminées et fidèles à elles-mêmes. Les obstacles existent, mais ils ne sont pas insurmontables.

Propos recueillis par Mireille Bailly

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