Burkina/Lutte anti-fraude: la Douane passe à une vitesse supérieure, 1 600 000 000 FCFA de produits saisis

La Douane burkinabè est passée à une vitesse supérieure dans la lutte contre la fraude. Les unités de l’administration ont saisi au cours d’un mois d’opération, 1 600 000 000 FCFA de produits prohibés. Le mardi 24 février 2026, au siège de la structure à Ouagadougou, le directeur général de la Douane, l’inspecteur divisionnaire, Dr Yves Kafando, et ses proches collaborateurs, assistés par leurs partenaires, ont présenté le butin saisi, notamment le Tapentadol, un produit pharmaceutique fortement dangereux pour la santé humaine lorsqu’il est commercé dans un circuit illicite. C’est « 313 cartons de ce produit d’une valeur de plus de 800 millions de francs CFA » qui ont été saisis, a précisé le DG de la Douane, Yves Kafando.

L’administration de la Douane burkinabè à travers ses services unités opérationnelles de terrain ont procédé à une opération qui a débuté le 26 janvier au 20 février 2026. Elle a permis de saisir d’importants produits prohibés, impropres à la consommation parmi lesquels des produits pharmaceutiques, notamment le Tapentadol, un produit qui a suscité une alerte au sein des administrations des douanes vu sa forte dangerosité pour la santé humaine lorsqu’il est commercé dans un circuit illicite. Les premiers responsables de la Douane, soutenus par des partenaires dans cette lutte, ont mobilisé, le mardi 24 février 2026, les organes de médias pour présenter les produits prohibés saisi.

« Cette saisie que nous venons de faire, c’est une saisie record au regard de la dangerosité des produits notamment le Tapentadol. D’autres pays amis et voisins avaient déjà eu à saisir ce produit. Un carton et demi dans un pays et cinq cartons dans un autre. Mais aujourd’hui, nous venons de saisir ce produit suite à l’alerte international lancée. C’est 313 cartons de ce produit d’une valeur de plus de 800 millions de francs CFA qui ont été saisis », s’est félicité le patron de la Douane burkinabè, l’inspecteur divisionnaire, Dr Yves Kafando.

En somme, l’opération « Fôlôkoto » qui s’est déroulée sur un mois a permis de saisir des marchandises prohibées, toutes catégories confondues, de « plus de 1 600 000 000 francs CFA. C’est dire que la fermeté avec laquelle nous avons reçu les instructions du ministre de l’Economie et des Finances, Dr Aboubacar Nacanabo, nous n’attendons pas lésiner avec les moyens dont nous disposons pour arriver à bout de ce phénomène », a-t-il dit, poursuivant que « du reste, le camarade président, le capitaine Ibrahim Traoré, a invité l’ensemble des travailleurs du peuple à attacher leur ceinture de sécurité ».

Selon les éclaircissements des spécialistes de la santé, le Tapentadol est destiné au traitement des douleurs très sévères et délivré uniquement sur prescription médicale stricte. Il est plus puissant que le tramadol et présente un risque élevé de dépendance et de dépression respiratoire. C’est pourquoi, son utilisation en dehors de tout cadre médical est fortement déconseillé car il peut entraîner une addiction rapide, des troubles neurologiques, un coma, voire le décès par surdosage.

« Dorénavant, les moyens de transport qui vont servir à transporter les marchandises de fraude seront confisquées au profit de l’Etat »

Pour M. Kafando, le message du chef de l’Etat engagé fortement dans la lutte contre la fraude est clair et chaque administration publique, notamment, va jouer pleinement sa partition. « C’est en cela que je vais inviter l’ensemble des importateurs, ceux-là qui veulent se donner à cette pratique que dorénavant, les moyens de transport qui vont servir à transporter les marchandises de fraude seront saisies, confisquées au profit de l’Etat », soutenant que c’est une nouvelle mesure forte que sa structure va appliquer parce que l’instruction lui a été donnée dans ce sens et elle va y aller.

« Nous sommes écœurés de voir que des sacs de cyanure peuvent être camouflés dans du clinker. Le clinker, c’est une matière première qui est utilisée dans la fabrication du ciment. Ce que nous avons vu aujourd’hui, certains composants du cyanure peuvent se retrouver dans le clinker. On va nous produire des sacs de ciment de mauvaise qualité. Les dégâts peuvent être énormes. Je pense que nous passons à une vitesse supérieure dans la lutte », a-t-il déclaré avec force, profiter des micros et autres cameras des journalistes pour féliciter l’ensemble de ses agents qui ont permis la réalisation de cette opération. « Le directeur de la lutte contre la fraude, le directeur de la surveillance du territoire, les unités mobiles qui ont été déployées, les équipes spéciales qui ont été déployées, je tiens à les féliciter ».

Le DG des Douanes s’est particulièrement attardé sur le Tapentadol car les propriétaires des stocks saisis ont tenté de corrompre ses agents. « Ce que je vais vous dire est effroyable. Lors de cette saisie, des propositions ont été faites aux agents sur le terrain. 100 millions de francs CFA ont été proposés aux agents sur le terrain. Je pense qu’ils ont internalisé aujourd’hui que nous sommes dans une Révolution progressiste et populaire (RPP). Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir résister face à cette proposition », s’est-il félicité, mettant un point d’honneur sur cette question parce que ses agents « ont fait preuve de patriotisme et d’héroïsme ». Il a poursuivi qu’en 2026, la lutte contre la fraude va prendre un cran supérieur.

A l’endroit de la population, il a lancé un appel vibrant, estimant que la question de la lutte contre la fraude n’est pas l’apanage des administrations techniques de l’Etat. « C’est la population qui doit lutter contre la fraude. Les administrations techniques sont les bras policiers. C’est en cela que j’invite la population à collaborer et à dénoncer ces pratiques parce que ce qui nous a été donné de voir pour le cas du cyanure camouflé dans du clinker, ce n’est pas à travers le scanner que nous avons découvert ça. C’est un réseau de renseignements nourris et entretenus qui nous a permis de faire cette découverte ».

« Je suis très heureux de voir à quelle catastrophe notre pays a été soustrait par le fait de cette saisie »

Le professeur Elie Kabré, directeur général de l’Agence nationale pour la sécurité sanitaire, de l’environnement, de l’alimentation, du travail et des produits de santé a été choqué de voir les produits prohibés saisis et les modes utilisés l’insérer dans le marché noir. « Ce que je viens de voir ce matin donne la chair de poule véritablement. En tant qu’officier de la santé, chargé de la protéger, quand on voit ce genre de pratiques qui mettent en échec tous les efforts déployés par les autorités en charge de la santé, véritablement on ne peut qu’être désolé. En même temps que j’ai la chair de poule, je suis aussi très heureux de voir à quelle catastrophe notre pays a été soustrait par le fait de cette saisie record », a affirmé le Pr Elie Kabré.

« Nous avons vu du sucre dissimulé dans des cartons et des sacs exposés à d’autres produits, nous avons vu des médicaments qui ont été conditionnés, s’il vous plaît, dans des sacs de biscuits. Alors, il s’agit d’un double crime à mon avis, c’est pour cela que je suis très heureux de pouvoir constater ce matin que notre pays a été soustrait à une catastrophe », a-t-il renchéri, pensant que véritablement, « il s’agit d’une avancée extraordinaire à saluer à sa juste valeur ».

Revenant sur le cas du Tapentadol, un analgésique, un opioïde très puissant, administré dans certaines conditions, il s’est dit consterné de voir quels étaient les circuits par lesquels ces médicaments allaient être distribués car ce n’était pas dans un circuit hospitalier. « Et il est déjà dans les circuits illicites pour alimenter des circuits illicites. Ces produits peuvent être même utilisés pour des terroristes et cela fait véritablement peur », a-t-il fait savoir, saluant ces efforts visibles pour pouvoir mettre hors d’état de nuire ces personnes sans vergogne. « Pour moi, il n’y a aucun doute, ces produits doivent être détruits. Il n’y a pas de demi-mesure », a réagi M. Kabré, interpellant car les circuits normaux des médicaments sont les pharmacies, les postes de santé ou chez les professionnels de la santé.

« Malheureusement, les gens préfèrent les gains faciles ou les raccourcis et ils vont s’exposer encore à d’autres problèmes de santé. Vous ne savez toujours peut-être même pas ce genre de produit en termes de problèmes rénaux. Si vous regardez justement dans notre pays, de plus en plus, il y a des gens qui sont admis à des soins pour des insuffisances rénales, donc vous voyez ce que ça produit comme problème », a-t-il alerté.

« Ce que nous avons vu, donne vraiment des frissons »

Dr Ruth Kaboré/Sawadogo de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP) a été également dépassée par la présentation des produits sanitaires. « Ce matin, ce que nous avons vu, donne vraiment des frissons parce que l’ANRP est garante de la santé des populations pour que la population ait de bons médicaments de qualité sûre et efficace. Elle contrôle toutes les importations de produits de santé qui rentrent au Burkina. En voyant qu’il y a des importations qui nous échappent, ça nous pose beaucoup de soucis », s’est-elle exclamé.

Mais elle est aussi ravie parce que cette saisie prouve qu’il y a une mise en œuvre d’un plan que l’ANRP a écrit en collaboration avec toutes les parties prenantes dont la douane. « Le plan est intitulé Plan stratégique national 2025-2029 de lutte contre les produits de santé de qualité inférieure ou falsifiée. Je vois que c’est la mise en œuvre de ce plan qui a commencé avec toutes ces saisies. Les parties prenantes font leur travail. Et dans ce plan, on a bien signifié qu’individuellement, on ne peut pas lutter contre ces fléaux. Il faut qu’on y aille ensemble », a-t-elle expliqué.

Quant au directeur général de Barka Energy (ex-Total Energy), il a rassuré que sa société veille sur la qualité de ses produits et services. « Ce qu’il nous a été donné de voir ce matin rentre en droite ligne de notre combat quotidien. Nous avons même pour cela un laboratoire que le public ne connaît pas pour analyser la qualité de nos produits notamment de nos huiles. (…) Nous veillons à la qualité de nos lubrifiants. Et l’action de la Douane est salutaire parce que ça vient aussi renforcer le contrôle de cette qualité-là au niveau de nos frontières », a salué M. Ouédraogo.

« Pour minimiser au grand maximum le risque des lubrifiants de mauvaise qualité, allez-y en station »

Il a réitéré que les huiles de sa société sont de « très haute qualité ». « Malheureusement, les esprits malins veulent s’insérer dans le sillage de cette qualité-là, de cette notoriété pour se faire un certain profit bien sûr au détriment du public, au détriment de l’État burkinabè et au détriment de Barka Energy. Dans tous les cas, nous ne baisserons pas la garde. Le combat va être quotidien, comme depuis des années. C’est ça d’ailleurs qui nous a poussés à faire des installations, à mettre des procédures de contrôle », a-t-il affirmé, confiant qu’en interne, sa société fait des contrôles.

A l’endroit du public, pour s’assurer de la qualité de l’huile que l’on paie, il leur demande d’aller chez leurs revendeurs ou dans leurs stations-service pour avoir la bonne qualité. « Les revendeurs, vous les identifiez par la plaque de distributeur agréée avec la marque Total Energy. En plus de ces revendeurs qui sont dans les villes, vous avez aussi les stations de service qui vendent systématiquement des lubrifiants pour les véhicules à moteur comme les voitures et les motocyclettes. Pour minimiser au grand maximum le risque, allez-y en station parce que les contrôles sont quotidiens et du gérant jusqu’au commercial qui est au sein de la société », a-t-il invité.

Par Espoir Info

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