Qu’est-ce qu’un Etat ? : Le journaliste et écrivain Sayouba Traoré apporte des explications

Avant de donner à lire, celui qui écrit doit expliquer pourquoi il prend la plume. Dans notre jargon, on appelle cela un prologue. D’abord, on m’a posé cette question tout à fait légitime, «combien de Burkinabè savent ce que c’est l’Etat?». Il faut donc combler ce vide. Et pourquoi il faut le faire? J’ai la faiblesse de penser que nos parents n’ont pas consenti des efforts pour nous scolariser sans contrepartie. Cette contrepartie est que nous devons être utiles à la société. Sans exiger des perdiems.

Cela dit, quand on dit l’Etat, qu’est-ce qu’il faut comprendre? Situons d’abord les différents éléments. Le pays, c’est tout ce qu’il y a à l’intérieur des frontières internationales. La population, c’est l’ensemble des habitants, y compris les étrangers et les touristes en court séjour. Les citoyens, c’est tous les enfants de ce pays qui en possèdent la nationalité. L’Etat, c’est le corps dirigeant de ce pays.

Cet Etat peut prendre plusieurs formes. Il y a les royautés. Exemple, le Maroc, l’Arabie saoudite. Dans ce cas, le pays est un royaume. Il y a les théocraties. Exemple, le Vatican. C’est un dignitaire religieux qui gouverne. Il y a les républiques. Le mot République signifie la chose publique. Une chose qui appartient à tout le monde. Le 11 décembre 1958, nous avons proclamé la république de Haute-Volta. En juin 1991, nous avons dit dans notre Constitution que «Le Faso est la forme républicaine de l’Etat ». Dans une république, tout le monde peut prétendre au fauteuil présidentiel. Tout le monde vote le président. Et tout le monde a le droit de regarder ce que font le président et son gouvernement.

Royaume, Théocratie, République ou autre, il faut à un pays un organe dirigeant. Et les différents corps qui composent cet organe de direction, c’est l’Etat. Les juristes disent les choses autrement. Ils ont leur langage et ils mettent un soin particulier à ne rien oublier. Je vous mets ici leur définition de l’Etat.

«Sur le plan juridique, le critère principal définissant l’État est celui de l’exercice de la souveraineté, qui est un pouvoir inconditionné, dont dérivent tous les autres pouvoirs. Cela signifie qu’à l’intérieur du territoire dont il a la charge, l’État dispose de la compétence de ses compétences.»

On va tenter de comprendre cette définition savante. L’Etat a compétence dans un territoire défini. Le gouvernement de Monsieur Emmanuel Rimtalba Ouédraogo ne peut pas intervenir au Togo ou au Bénin. Son action se limite au Burkina Faso. Et il faut un ensemble d’institutions qui disposent du monopole de fixer des règles et des lois, qui ont compétence pour utiliser la force publique quand il le faut. D’abord, ça veut dire que l’Etat, ce n’est pas seulement la personne du président. Parce que si on donne tous les pouvoirs à un individu, il a tendance à abuser. La seule façon de lui couper les ailes, c’est de partager ce pouvoir.

D’abord, on vote un président. Pour travailler, ce président compose un gouvernement. Chaque ministre de ce gouvernement est chargé d’un domaine précis. Si on laisse faire le président et ses ministres, ils peuvent décider n’importe quoi. On vote donc des députés. L’ensemble de ces députés forment l’Assemblée nationale. C’est cette Assemblée nationale qui contrôle ce que font le président et son gouvernement. On voit bien que rien n’empêche les ministres et les députés de s’entendre pour faire ce qu’ils veulent. On a donc institué un corps de magistrats, le Conseil constitutionnel, pour regarder si le président et l’Assemblée nationale font les choses bien. C’est l’ensemble de ces institutions qui forment l’Etat. C’est-à-dire les gens à qui les Burkinabè ont donné pouvoir de décider au nom de tous les citoyens.

Comment tout cela fonctionne? Prenons un exemple. Le président veut établir un budget pour le pays. Il ne peut pas réunir ses ministres pour décider. Le conseil des ministres fait ce qu’on appelle un projet de budget. Ils envoient ce texte aux députés. Les députés lisent ce texte ligne par ligne. S’il y a quelque chose à corriger, ils renvoient ça au conseil des ministres. Le conseil des ministres corrige et renvoie aux députés. Si cette fois-ci ça va, les députés votent le texte. Ça veut dire qu’ils autorisent le président à engager ces dépenses. Ce n’est pas fini. Il faut que le Conseil constitutionnel regarde si le texte voté par les députés est conforme à la loi. Si c’est conforme à ce que dit la loi, ces magistrats approuvent. Ce n’est pas fini. Il faut que le président signe le texte, pour que ça devienne une loi. Ce n’est pas fini. Nous avons dit que la République, c’est tous les Burkinabè qui décident. Ce texte doit être publié au Journal Officiel, parce que tous les Burkinabè doivent pouvoir le lire. Comme ça, tout au long de l’année, ils peuvent voir si le gouvernement fait ce qui est dit dans la loi de finances. Loi de finances, c’est comme cela que les députés appellent un budget.

Pourquoi c’est long comme cela? C’est parce qu’à chaque étape, la population doit pouvoir suivre ce qui se passe. Chaque mercredi, le rapport du conseil des ministres est publié. Les travaux de l’Assemblée nationale sont ouverts au public, et tous les projets de loi font l’objet de publication. Une fois adopté, le budget est publié. Ça veut dire qu’à tout moment, le Burkinabè qui le veut peut suivre ce que fait l’Etat. Si L’Etat élabore ou fait voter une loi qui ne plaît pas aux Burkinabè, ils ont le droit de le dire. Si les différents corps de l’Etat refusent d’entendre, la loi reconnait aux Burkinabè le droit de manifester.

L’Etat, ce n’est pas seulement diriger. Ils doivent dire les règlements et les lois en vigueur. Pendant l’élaboration de ces lois, l’action de l’Etat doit être publique. Ça veut dire qu’ils ne peuvent pas dicter des lois qui leur conviennent, sans tenir compte des Burkinabè. Tout ce que fait l’Etat doit être public. Ça veut aussi dire que l’Etat ne peut pas violer des lois qu’ils imposent aux Burkinabè. S’ils ont voté des lois, eux aussi doivent respecter ces lois.

Il y a autre chose. Seul l’Etat peut exercer de la violence en cas de besoin. Si on ne fait pas ça, n’importe qui peut se lever et faire ce qu’il veut. Or la loi interdit formellement une justice privée. Ce sont les juges qui disent si quelqu’un n’a pas respecté la loi. Si cette personne persiste à faire la forte tête, les juges peuvent appeler le gouvernement qui fait intervenir les agents de la force publique. Police, gendarmerie, armée si nécessaire.

On peut me dire, «mais ce qui se fait avec le gouvernement, l’ALT et consorts». Sauf que l’Etat est au service de tous les Burkinabè. Tout le monde comprend qu’on ne peut pas donner les cadeaux à une certaine catégorie de citoyens, et aller frapper une autre catégorie de citoyens. S’il y a quelque chose à partager, c’est tout le monde. Parce que tous les enfants de ce pays sont tenus de respecter la loi. Quelle que soit son ethnie. Quelle que soit sa religion. Qu’il soit civil ou militaire. Qu’il soit riche ou pauvre. Si un président peut choisir ses préférés et punir des gens, juste parce qu’il ne les aime pas, ça ne va plus. Cet Etat est borgne et unijambiste.

Je dois demander aux spécialistes de me pardonner, parce que j’ai dit ça avec mes mots à moi. L’idée, c’est de me faire comprendre. Je ne cherche pas la définition juste, ni le vocabulaire adéquat. Je veux que le lecteur comprenne ce que je dis.

Ce que vous venez de lire, vous le retrouverez en détail dans mon livre «Lettre à la Jeunesse Burkinabè». Cette dernière information, c’est pour les courageux qui acceptent de lire.

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