La sexualité des personnes âgées reste un sujet largement entouré de silence et de préjugés. Pourtant, l’avancée en âge ne signifie pas nécessairement la fin de la vie intime. Dans une publication consacrée à cette question, le Pr Charlemagne Ouédraogo, gynécologue-obstétricien, invite à changer le regard porté sur la sexualité des seniors et à mieux prendre en compte leur santé sexuelle.
« La sexualité n’a pas de date de péremption comme un médicament ! », écrit le spécialiste, sur sa page Facebook, un canal qu’il utilise pour la sensibilisation à la santé. Pour lui, l’idée selon laquelle le désir disparaîtrait automatiquement avec l’âge est une conception qui contribue à maintenir de nombreuses personnes âgées dans le silence.
Le vieillissement s’accompagne certes de changements physiques. Chez certaines femmes, la période de la ménopause peut notamment être associée à une sécheresse vaginale et à d’autres modifications susceptibles d’avoir des répercussions sur la vie sexuelle. Chez les hommes comme chez les femmes, différentes maladies, certains traitements ou encore des facteurs psychologiques peuvent également affecter la sexualité.
Le Pr Ouédraogo évoque ainsi plusieurs difficultés que des personnes âgées peuvent hésiter à exprimer : sécheresse vaginale, dysfonction érectile ou encore désir sexuel refoulé en raison du regard social. « Trop de couples se résignent, faute d’oser en parler, même à leur médecin », déplore-t-il.
Cette analyse rejoint la position de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’organisation considère la santé sexuelle comme une dimension du bien-être physique, émotionnel, mental et social liée à la sexualité. Elle précise que cette question reste pertinente tout au long de la vie et ne concerne donc pas uniquement les personnes en âge de procréer.
L’OMS souligne également que les besoins sexuels et affectifs des personnes âgées restent souvent négligés, notamment en raison des préjugés liés à l’âge. Une publication du Bulletin de l’OMS relève que les personnes âgées peuvent rester sexuellement intéressées et actives au cours de la vieillesse, tout en soulignant que leurs besoins en matière de santé sexuelle sont encore insuffisamment pris en compte dans les soins.
Pour le Pr Charlemagne Ouédraogo, l’enjeu n’est cependant pas de faire de la sexualité une question de performance. Il s’agit plutôt d’accepter les transformations du corps et d’adapter la vie intime à l’âge. « La vieillesse ne met pas fin à la sexualité », rappelle-t-il, tout en appelant à privilégier l’adaptation plutôt que la recherche de performance.
Parler de santé sexuelle chez les personnes âgées revient donc aussi à parler de dignité, de bien-être et de qualité de vie. Les difficultés persistantes ou gênantes ne devraient pas être considérées comme une fatalité liée à l’âge. Elles peuvent être évoquées avec un professionnel de santé afin d’identifier leurs causes et, lorsque cela est possible, les solutions adaptées.
À 60, 70, 80 ans et au-delà, le besoin de tendresse, de proximité et de complicité peut demeurer. Briser le silence autour de cette réalité constitue dès lors un enjeu de santé, mais aussi un moyen de lutter contre les préjugés qui entourent encore la vieillesse.
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