L’ingénieur des sciences infirmières et obstétricales au Centre hospitalier universitaire pédiatrique Charles de Gaulle (CHUP-CDG), Idrissa Ilboudo, a présenté, le vendredi 7 août 2026, son œuvre littéraire: « Les oubliés de l’odyssée » dans la salle de conférence de l’hôpital de référence à Ouagadougou. C’était au cours d’une cérémonie de dédicace qui a mobilisé des responsables et professionnels de la santé ainsi que des acteurs intervenant dans le domaine de la santé maternelle et néonatale. Le roman, une chronique d’une maternité périlleuse, interpellant la conscience collective et individuelle milite pour moins de décès maternel et néonatal au Burkina Faso.
La salle de conférence du plus grand hôpital pédiatrique du Burkina Faso a refusé du monde le vendredi 7 août 2026 dans l’après-midi à l’occasion de la cérémonie de dédicace d’une œuvre littéraire traitant des décès maternels et néonataux et la prévention des handicaps consécutifs à l’accouchement. La lutte contre la mortalité maternelle et néonatale, ainsi que la prévention des handicaps liés à l’accouchement, constituent une urgence humanitaire et un levier de développement incontournable.

La cérémonie a été présidée par le ministre de la Santé qui s’est représenté. Le parrain de l’activité est le Pr Charlemagne Ouédraogo, président de la Société des gynécologues et obstétriciens du Burkina (Sogob) et le co-parrain est le Pr Issa Ilboudo, directeur général du Centre hospitalier universitaire pédiatrique Charles de Gaulle (CHUP-CDG).
Paru aux éditions Presses universitaires, « Les oubliés de l’odyssée » comprend neuf chapitres à travers lesquels il est narré le récit du vécu de Rénise, l’actrice principale, depuis son mariage précoce, sa grossesse, son parcours des soins, son séjour dans un monde de taciturne qu’est le milieu hospitalier et son combat contre la fistule obstétricale. À la fin, la question qui se pose aux lecteurs, c’est comment rebâtir une vie qui a traversé ce parcours chaotique. Naturellement l’auteur Idrissa Ilboudo a situé dans l’œuvre, la responsabilité des agents de santé qui sont les premiers acteurs mais interpelle aussi les patientes sur les comportements a adoptés pour moins de décès maternels et néonataux.

« Chaque décès d’une mère ou d’un nouveau-né est un drame évitable qui déchire les familles et fragilise les communautés entières. De plus, les complications obstétriques mal prises en charge laissent trop souvent aux survivants des séquelles physiques et cognitives à vivre. Cette cause, qui est héroïquement portée par le ministre de la Santé et son Département, à travers divers investissements dont nous sommes témoins, n’est cependant pas seulement une cause institutionnelle. Elle incombe à chaque citoyen, à chaque famille et à chaque communauté », a déclaré l’auteur, Idrissa Ilboudo, ingénieur des sciences infirmières et obstétricales au CHUP-CDG.
Pour ce spécialiste de la santé maternelle et néonatale, le phénomène de mortalité liée à la grosse touche toutes les couches sociales au Burkina Faso. « Qui de nous ici présents ne connaît pas une femme ayant perdu son bébé au cours ou au détours d’un accouchement ? Qui ne connaît pas un enfant souffrant de déficit mental ou d’encéphalopathie consécutifs à un accouchement difficile ? Ou une femme souffrant de fistules obstétriques sans parler de ceux qui n’ont pas pu traverser la rive ? C’est ce sentiment de responsabilité collective et individuelle qui nous a poussés à mettre en ligne Les oubliés de l’Odyssée », a-t-il affirmé.

Les oubliés de l’odyssée n’est pas le fruit d’une imagination fertile seulement. C’est le récit d’histoires vraies, vécues par des personnes vraies, mais dont les histoires s’évanouissent le plus souvent dans l’oubli, effacées par le temps et les mécanismes naturels de défense que nous développons contre le traumatisme de la vie. Le parcours de soins de Rénise décrit si bien le vécu de certaines femmes au cours de la grossesse et de l’accouchement.
Ce roman se veut une oeuvre de « plaidoyer contre le silence et contre l’oubli. Une piqure de rappel à notre chevet pour que chaque matin, nous sortions de notre lit avec ce slogan : Plus jamais ça dans notre pays. Plus jamais de femmes qui meurent en couche ! Plus jamais de nouveau-nés qui meurent par manque de soins adéquats ! Plus jamais de femmes ou d’enfants handicapés à vie par suite d’accouchement ! », a indiqué Idrissa Ilboudo. Il a rassuré que Les oubliés de l’odyssée n’est pas seulement un condensé de drames racontés. « C’est aussi des moments de célébration, des rebondissements exaltants, voire excitants ».

Il s’est réjoui des efforts fournis par le gouvernement pour apporter des solutions à la problématique abordée. « C’est vrai, avec les investissements du ministère de la Santé, avec tous les efforts qui sont faits, les difficultés liées à la maternité sont en train de s’amenuiser. Mais la réalité est qu’il y a toujours des femmes qui meurent par suite des couches, il y a des nouveaux nés qui ne survivent pas à l’accouchement. Et c’est sur la base d’un certain nombre de constats que nous avons habillés ces faits d’une certaine fiction pour compléter et écrire ce livre », a-t-il soutenu.
Idrissa Ilboudo veut rebondir avec volume 2 pour essayer rebâtir sur les ruines de Rénice. Cela va donc concerner « les améliorations du système de santé, mais aussi la reconstruction des mentalités, la sensibilisation des populations pour que désormais aucune femme ne meure ou ne soit victime d’un handicap par suite d’accouchement ».

Le roman invite les agents de santé à avoir plus de temps pour communiquer avec les patients. Il demande aux agents de santé d’avoir également de la bienveillance envers les patients pour les soulager car il ne faut pas que leur attitude ajoute de la souffrance aux malades. « Aux populations, les agents de santé sont là pour elles. Il y a des moments où les conditions de travail, les difficultés, le stress, la fatigue peuvent faire en sorte qu’il y ait des mésententes, mais il faudra qu’elles comprennent que nous sommes là toutes les fois qu’elles ont besoin des services de santé que ce soit pour les soins préventifs ou curatifs, qu’elles n’hésitent pas à fréquenter les services de santé le plus tôt possible pour que les pathologies soient prises en charge le plus rapidement possible ».
La Représentante du ministre de la santé, président de la cérémonie, a félicité M. Ilboudo qui de « la plus belle des manières a traduit une situation dans les centres de santé qui heureusement aujourd’hui est en train d’être dépassée ». « Tout ce qui est dit dans l’œuvre sont des situations qui ont existé quand la santé n’était pas proche des populations. Mais aujourd’hui avec toutes les stratégies, avec la politique de santé au Burkina Faso, les populations sont plus rapprochées par rapport aux soins », s’est exprimée la Chargée de Mission, Dr Antoinette Tougouma épouse Valian.

« Quand on prend les 13 cliniques mobiles qui sont dans les régions, les populations vont vers elles pour bénéficier des soins nécessaires. Dans les structures de santé avec la gratuité de soins pour les femmes enceintes, la barrière de se soigner n’existe plus. Et, en plus, les agents de santé sont très bien formés pour prendre en charge les malades. Aussi, les populations sont très bien sensibilisées. Donc, c’est une situation qui a évolué car aujourd’hui le ministère est en train de tout mettre en œuvre pour que la santé se rapproche des populations », a-t-elle dit.
Le parrain, le Pr Charlemagne Ouédraogo, a affirmé que l’œuvre met en lumière « les fameux trois retards: le retard à la décision, l’évacuation et à la prise en charge adéquate. Ce dernier retard interpelle directement notre responsabilité médicale ». Selon le mot du parrain lu par Dr Jacques Gilbert Kafando, cette œuvre doit pousser les professionnels de santé à auditer leurs pratiques, à optimiser le triage des urgences obstétricales et à refuser la fatalité. « La problématique de la relation soignant-soigné abordée dans ce roman nous montre que la parturiente n’a seulement besoin de notre savoir technique et clinique. Elle a un besoin de notre bienveillance, de notre bienveillance et de notre écoute chaleureuse », a-t-il laissé entendre.

La Sogob dont dirige le parrain prône une approche des soins obstétricaux respectueux de la dignité de la femme. « Nous devons fermement condamner toute forme de maltraitance ou de violence verbale nos maternité », a-t-il lancé, invite l’ensemble de la communauté médicale à s’approprier l’œuvre pour alimenter les réflexions.
Pour le co-parrain, le directeur général du CHUP-CDG, Issa Ilboudo, c’est un réel plaisir et un grand honneur pour lui, qu’un de ses collaborateurs ajoute une corde à son arc à savoir l’écriture pour défendre la cause la femme enceinte et des nouveaux nés. Il a remercié le public notamment les autorités qui ont rehaussé de leur présence, cette cérémonie de dédicace que son hôpital a organisée.
Le roman coûte 3.000 francs CFA et est disponible dans les librairies de l’université Joseph Ki-Zerbo, de l’Harmattan et de Mercurie.
Par Espoir Info


