La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a divisé de plus de moitié le prix d’achat de « l’or brun » aux planteurs, une décision nécessaire selon les autorités pour enrayer la crise de mévente traversée par la filière, sur fond de cours mondiaux en chute libre.
Le nouveau prix, 1.200 francs CFA (1,82 euro) est inférieur de près de 60% au montant record de 2.800 francs (4,26 euros) en vigueur depuis octobre, une coupe qui intervient dans un contexte de chute des cours mondiaux et d’une crise de surstockage.
Les prix du cacao en Côte d’Ivoire sont fixés par l’Etat deux fois dans l’année, pour la campagne principale et la campagne intermédiaire.
Habituellement les deux campagnes s’ouvrent respectivement début octobre et début avril mais elles ont été désormais avancées d’un mois. La prochaine révision du prix est donc prévue début septembre.

La filière du cacao ivoirien représente 14% du PIB du pays et fait vivre environ 5 millions de personnes.
« Le prix du cacao sur le marché international nous oblige à faire un réajustement », a déclaré Bruno Koné, le ministre de l’Agriculture au moment d’annoncer le prix.
L’ambiance était plus joyeuse, début octobre, juste avant la présidentielle qui a vu la réélection d’Alassane Ouattara, quand le chef de l’Etat lui même avait annoncé le prix de 2.800 francs au kilo, un niveau jamais vu dans le pays.
Mais après que les cours mondiaux du cacao ont crevé les plafonds en 2024, une baisse s’était déjà amorcée en 2025 et ils ont carrément dévissé cette année.

Le prix à la tonne sur le marché mondial s’élève actuellement à 2.900 dollars (soit 1.600 FCFA le kilo) contre plus de 11.000 dollars début 2024.
Le cacao ivoirien coûtait ainsi ces dernières semaines 75% plus cher que le cours mondial.
« Un choc »
« Cette décision n’a pas du tout été prise de gaieté de cœur. Nous aurions tous souhaité un prix meilleur mais vous avez tous suivi l’évolution du prix international », a déclaré le ministre Koné, mercredi. .
Mais l’annonce avait du mal à passer pour certains acteurs du secteur.
« Franchement, on n’est pas contents. C’est nous les planteurs qui allons perdre dans cette affaire », a regretté Yao Yao, un syndicaliste du secteur, à Duekoue (ouest) déplorant à l’AFP que l’Etat ne compense pas davantage « une chute aussi vertigineuse ».

« On se disait que même si le prix descendait ça ne tomberait pas en-dessous de 2.000 francs. Je crois que ça sera forcément un choc pour beaucoup de personnes » abonde Abdoulaye Dembele, gérant d’une coopérative à Divo (centre) qui craint que ceux « qui ont déjà acheté sur la base de l’ancien prix mais qui n’ont pas pu encore évacuer le cacao se retrouvent en grande difficulté ».
Dans ce contexte de décalage entre le prix fixé par l’Etat et les cours mondiaux, les exportateurs ont retardé ces derniers mois leurs achats ou des acheteurs peu scrupuleux ont proposé aux producteurs des tarifs plus bas contre la garantie d’être payés immédiatement, selon plusieurs témoignages récoltés par l’AFP.
Les exportations se font donc au compte goutte et certains producteurs ne sont plus payés pour leur production depuis des mois, les plongeant dans une grave précarité.
En réaction, le Conseil Café Cacao – l’organisme étatique qui gère la filière – avait annoncé le 20 janvier racheter au prix de 2.800 francs CFA les dizaines de milliers de tonnes de cacao entassées dans toutes les coopératives du pays et inventoriées mi-janvier.

Selon le ministre Bruno Koné interrogé par RFI la semaine dernière, « 64.000 des quelque 100.000 tonnes de cacao (entreposées) ont été achetées » par l’Etat.
« Notre souci, c’est qu’il y a du cacao qui est parti, ça fait plusieurs mois et jusqu’à présent les planteurs n’ont pas encore reçu d’argent, s’inquiète le syndicaliste Yao Yao.
Mardi, l’interprofession du secteur (OIA) a toutefois assuré avoir reçu la confirmation des autorités qu’elles respecteront leur engagement.
Avec ce réajustement du prix, la Côte d’Ivoire suit le mouvement du Ghana voisin, deuxième producteur mondial, qui avait diminué d’environ 30% son prix dès mi-février.
Confronté au même problème que la Côte d’Ivoire, le Ghana a abaissé le prix payé au kilo de 58 cedis (3.000 FCFA ou 5,2 USD) à 41 cedis (2.100 FCFA ou 3,7 USD).
Source: TV5 Monde
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