Production agricole : le Burkina va réaliser 750 forages subventionnés pour réduire sa dépendance aux pluies

Le Burkina Faso refuse désormais de dépendre exclusivement des caprices pluviométriques. Face aux irrégularités des pluies et aux pertes de récoltes enregistrées au cours de la campagne agricole en cours, le pays accélère sa marche vers la maîtrise de l’eau. À travers un plan d’urgence de campagne sèche 2026-2027, le gouvernement entend mobiliser plus de 254 milliards de FCFA pour développer l’irrigation, soutenir les producteurs et renforcer durablement la souveraineté alimentaire. L’information a été donnée à la presse le jeudi 8 octobre 2026 au cours d’une conférence.

La pluie n’imposera plus sa cadence au Burkina Faso. Le pays veut en effet réduire sa dépendance à la pluviométrie, après les différentes difficultés vécues au cours de la saison actuelle, où des producteurs ont enregistré des pertes dues à des poches de sécheresse. Pour ce faire, les autorités ont lancé le plan d’urgence de la campagne sèche 2026-2027. La première étape de cette offensive est la réalisation de 750 forages à prix subventionnés à partir de ce mois d’octobre 2026.

En effet, sur le plan agricole, le pays veut désormais produire davantage, même lorsque les pluies se font rares. En septembre dernier, lors de son grand entretien avec la presse, le capitaine Ibrahim Traoré avait d’ailleurs qualifié les difficultés pluviométriques de cette saison de « très bonnes leçons » pour le pays. Un constat qui appelle, selon les conférenciers, à accélérer la recherche de solutions pour sécuriser les récoltes et réduire la dépendance de l’agriculture aux aléas climatiques.

Le présidium à la conférence de presse

C’est dans cette perspective que s’inscrit le plan d’urgence de campagne sèche 2026-2027, présenté comme « une instruction ferme du président du Faso », selon les conférenciers du jour. Pour Damien Oula Ouattara, le Directeur général de la Faso Agropole (SOFA), cette initiative doit permettre de répondre aux difficultés immédiates des producteurs, tout en préparant l’avenir. « La souveraineté alimentaire n’est pas une option, c’est une nécessité », a-t-il souligné dans sa présentation. Le Secrétaire technique de l’Offensive agro-pastorale, Amos Kiénou a, pour sa part, qualifié le programme de « plan ambitieux d’un niveau jamais égalé dans notre pays ».

De 30 000 à 80 000 hectares irrigués

Le défi est considérable. À ce jour, le Burkina Faso dispose de 30 000 hectares de périmètres irrigués opérationnels. L’objectif affiché est de porter cette superficie à 80 000 hectares au 31 octobre 2027, soit 50 000 hectares supplémentaires à aménager pour accroître les capacités nationales de production agricole du pays.

Damien Oula Ouattara, le Directeur général de la Faso Agropole (SOFA),

Pour y parvenir, le gouvernement prévoit dix opérations spéciales de mobilisation de l’eau et de développement des terres cultivables, réparties entre cinq mesures conjoncturelles et cinq actions structurelles. L’enveloppe globale annoncée s’élève à 254,79 milliards de FCFA hors taxes. La plus grande partie, soit 93 % du budget, sera consacrée à l’aménagement dit « commando », tandis que le terrassement représentera environ 5 % des dépenses.

À court terme, le programme prévoit notamment la réalisation de 750 forages à prix subventionnés entre octobre et novembre 2026, l’équipement de 1 000 bas-fonds avec des forages et la mise en exploitation des parcelles situées autour des points d’eau. L’ambition est également de mettre fin à l’inexploitation des périmètres irrigués existants et des terres agricoles pouvant être mises en valeur.

Sur le volet structurel, les autorités prévoient la prospection de nouveaux périmètres, le terrassement de 62 500 hectares et l’aménagement accéléré de 50 000 hectares à livrer au plus tard le 31 octobre 2027. Le dispositif prévoit aussi la mobilisation de 8 000 volontaires agricoles à partir du 1er novembre 2026 pour les travaux manuels, avec un droit prioritaire d’attribution de parcelle, ainsi que la participation des artisans nationaux.

L’objectif est de ne pas attendre l’achèvement de l’ensemble du programme pour agir. Les premières actions doivent permettre de lancer la production dès la prochaine campagne sèche, afin de tirer davantage profit des terres disponibles et des ressources en eau mobilisables.

Ce que l’État prend en charge dans la réalisation des 750 forages subventionnés

Le Secrétaire technique de l’Offensive agro-pastorale, Amos Kiénou

L’une des mesures phares du plan concerne la réalisation de 750 forages d’un débit prévu de 5 m³ par heure. L’opération est ouverte aux Burkinabè, personnes physiques ou organisations de producteurs régulièrement constituées, qui remplissent les conditions fixées.

La subvention publique porte sur plusieurs prestations essentielles. Pour un premier essai de foration, l’État prend en charge les travaux de forage. Il finance également le développement de l’ouvrage, la fourniture et la pose du tubage en PVC, l’essai de pompage, l’analyse de l’eau ainsi que l’accompagnement technique nécessaire à l’installation de la pompe. La profondeur des forages pourra atteindre 120 mètres dans le cadre de cette opération, si cela s’avère nécessaire.

Si le forage est négatif, l’Etat passera à un autre bénéficiaire. Pour donner plus de chances aux populations, il n’est prévu qu’un seul forage par bénéficiaire.

Pour sa part, le bénéficiaire devra financer la prospection géophysique préalable, la pompe immergée, le champ solaire et les accessoires d’exhaure. Cette répartition des charges vise à faciliter l’accès aux forages tout en responsabilisant les producteurs quant à leur mise en exploitation effective.

Pour être éligible, le candidat doit notamment exploiter effectivement au moins deux hectares, disposer d’un droit foncier sur le site et y produire une spéculation relevant des filières retenues dans le cadre de l’Offensive agro-pastorale 2026-2028. Il doit également réaliser la prospection géophysique, disposer des équipements d’exhaure avant la foration et s’engager à entretenir l’ouvrage et à le maintenir en exploitation.

Les producteurs devront par ailleurs respecter leurs engagements. L’inexploitation injustifiée d’un ouvrage pendant une campagne agricole expose le bénéficiaire au remboursement systématique des dépenses engagées par l’État, sans préjudice d’éventuelles procédures judiciaires.

Le calendrier des candidatures

Le Ministre d’État, commandant Ismaël Sombié visant un champ de mil dans le cadre de l’offensive agro-pastorale 2026-2028 (Ph : ministère)

Le lancement de l’opération est prévu le 9 octobre 2026, avec la publication de l’avis d’appel à candidatures. Le retrait et le renseignement des fiches sont programmés du 9 au 14 octobre, tandis que les inscriptions se dérouleront du 12 au 18 octobre.

Le dossier comprend notamment la fiche de souscription, la fiche visée par les services déconcentrés compétents, une pièce d’identité du promoteur ou de son représentant légal et un justificatif du droit foncier. Celui-ci peut être un titre foncier, une attestation de possession foncière rurale (APFR), une attestation coutumière, un acte de cession ou un bail. Les coopératives devront également fournir leur récépissé de reconnaissance.

Le candidat devra joindre le rapport de prospection géophysique ou un engagement à le produire, une facture proforma des équipements d’exhaure et un engagement signé attestant sa volonté d’exploiter durablement le forage. Le dossier de candidature est gratuit, précise le ministère.

L’examen des dossiers est prévu du 19 au 21 octobre, pour une publication des résultats le 22 octobre 2026. À compter de cette publication, les bénéficiaires disposeront de sept jours francs pour présenter les informations et équipements requis et faire vérifier leur situation par les agents des structures déconcentrées compétentes du ministère chargé de l’Agriculture. Les candidats qui ne respecteront pas ce délai pourront être remplacés par des personnes inscrites sur la liste d’attente.

Pour tout renseignement ou en cas de difficulté, un numéro vert est mis à la disposition des intéressés : 51 51 34 04.

Par Espoir info

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