Burkina: un maître coranique condamné à 3 mois de prison avec sursis pour incitation à la mendicité

Le mardi 24 février 2026, Yaya (nom d’emprunt), 44 ans, maître coranique, a comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour des faits d’incitation à la mendicité et d’exploitation de la mendicité d’autrui au préjudice de Ousséni (nom d’emprunt) et d’autres personnes. À la barre, il n’a pas reconnu les faits.

Les faits remontent à novembre 2025, dans le quartier Balkuy, où des informations faisaient état de la présence de plusieurs enfants en situation de mendicité. Yaya, également agriculteur et père de neuf enfants, s’est présenté devant le tribunal pour s’expliquer.

« J’encadre 27 enfants »

À la question du tribunal : « Qu’est-ce que vous faites avec les enfants ? » Il répond : « Cela fait 20 ans que j’encadre des enfants. Actuellement, il y en a 27 avec moi : deux filles et 25 garçons, âgés de 9 à 20 ans. »

Interrogé sur leurs activités, il précise : « Les enfants apprennent le Coran. Ils viennent de la même famille. »

Le tribunal lui fait observer que les enfants mendient. Yaya répond : « Moi-même, j’ai mendié. Je n’ai pas décidé seul, c’était avec les parents. Certains, surtout les plus petits, ne mendient pas. »

À la question concernant ses propres enfants, il déclare : « Ils apprennent ailleurs, pas avec moi. »

Le tribunal insiste : « Que rapportent les enfants après la mendicité ? »
Réponse : « Ils me remettent de l’argent, parfois de la nourriture et des vêtements. »

« Vous en profitez donc ? »
« Oui, vu la situation. »

Des conditions de vie précaires évoquées

Sur un éventuel désaccord avec les enfants, il affirme : « Oui, actuellement nous ne nous entendons pas. Nous sommes des déplacés internes, nous venons du Sahel. »

Concernant la prise en charge sanitaire, il indique : « C’est moi qui les soigne. »
Sur le recrutement : « Ce sont les parents qui les amènent. Moi, je leur apprends le savoir-vivre. »

Le tribunal lui demande alors : « La mendicité fait-elle partie de l’enseignement ? »
« Non, c’est un tort », reconnaît-il.

Cependant, il admet accepter l’argent rapporté : « Oui. La plupart des enfants sont des orphelins. »

Face à la question sur ses intentions futures, il déclare : « Je ne savais pas que c’était interdit. Nous allons arrêter. »

Le procureur s’interroge : « Les enfants mendient- ils plus qu’ils n’apprennent ? »
Yaya répond : « Je fais ce que je peux avec eux. »

Sur leur avenir : « Ils peuvent devenir maîtres coraniques », affirme-t-il.

Le tribunal cherche à connaître ses revenus : « Combien gagnez -vous par jour ? »
« Les enfants envoient parfois 200 ou 500 francs », répond-il, précisant ne pas imposer de montant.

Le procureur rappelle que la loi interdit cette pratique, notamment en raison de l’absence de perspectives pour les enfants. « Donc nous allons arrêter », réagit Yaya.

Le parquet requiert 60 mois avec sursis.

Dans ses réquisitions, le parquet souligne : « Il est constant qu’il encadre 27 enfants, mais ceux-ci sont exposés à la mendicité. Les faits d’exploitation et d’incitation sont constitués. » Il a requis une peine de 60 mois de prison avec sursis et une amende ferme de 500 000 FCFA.

Dans son verdict rendu le 10 mars 2026, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I a reconnu Yaya coupable des faits d’incitation et d’exploitation de la mendicité d’autrui. Il a été condamné à 3 mois de prison avec sursis et à une amende ferme de 250 000 FCFA.

Source: Zoodomail.com

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