Le mardi 17 février 2026, dame Samira (nom d’emprunt) a comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour dénonciation calomnieuse au préjudice d’ Alphonse (nom d’emprunt). Ce même jour, Alphonse était poursuivi pour vol aggravé au préjudice de Samira.
Courant mars 2025, Samira a été victime d’un vol à son domicile. Un téléphone portable, des produits médicamenteux, des numéraires ainsi que des documents personnels ont été emportés. Après avoir visionné une vidéo enregistrée par une caméra de surveillance, les soupçons se sont portés sur Alphonse, un voisin.
Ce dernier a été interpellé par la gendarmerie pour des besoins d’enquêtes. Toutefois, dame Samira a par la suite retiré sa plainte, invoquant des considérations de bon voisinage et l’insuffisance des preuves. Contre toute attente, Alphonse a à son tour porté plainte contre la dame pour dénonciation calomnieuse, contestant toute implication dans le vol.
Une double poursuite issue d’un même fait.
Interrogé par le tribunal, Alphonse a nié être la personne visible sur les images de la caméra de surveillance.
Le Tribunal : « Est-ce vous que l’on voit sur la vidéo ? »
Alphonse : « Non, ce n’est pas moi. »
À Dame Samira, le tribunal a demandé si elle maintenait ses accusations.
Samira: « Il y a une ressemblance. À la gendarmerie, on nous a dit que c’était l’enfant du voisin. »
Cependant, face aux questions insistantes du tribunal, elle a reconnu ne pas pouvoir confirmer avec certitude l’identité de la personne apparaissant dans la vidéo.
« Je ne peux pas confirmer. Je doute », a-t-elle déclaré.
Alphonse, pour sa part, a affirmé avoir été humilié par son interpellation.
« La gendarmerie est venue avec elle. Elle m’a indexé en disant que c’était moi. J’ai été embarqué et humilié. Si j’avais pu disparaître à ce moment-là, je l’aurais fait », a-t-il confié.
Lors de la perquisition au domicile d’ Alphonse, les gendarmes ont saisi une casquette et une culotte jugées similaires à celles portées par le suspect dans la vidéo. Une affirmation contestée par Alphonse, qui soutient que la casquette en question aurait été retirée à un enfant lors de son arrestation.
La partie civile
Dans sa plaidoirie, l’avocat de Samira a déclaré :
« Dans la nuit du 25 mars 2025, la famille de Samira a été victime d’un vol de numéraire et de plusieurs effets personnels. Après visionnage des images de la caméra de surveillance, il est apparu une ressemblance avec Alphonse. C’est ainsi que l’époux de Samira a porté plainte.
Lors de la perquisition, la gendarmerie a relevé deux indices, notamment une casquette et une culotte. Malheureusement, par souci de bon voisinage, Samira , bien que victime, a décidé de ne plus poursuivre la procédure.
Cependant, Alphonse a choisi de porter plainte pour dénonciation calomnieuse. Pour nous, le vol est constitué. Lui-même a reconnu que, lors du premier visionnage de la vidéo, la personne filmée pouvait lui ressembler.
Nous réclamons la somme de 410 000 FCFA au titre du préjudice principal et 1 000 000 FCFA pour les frais exposés. Il a voulu s’enrichir à travers cette procédure. »
Le tribunal a demandé à Alphonse s’il avait une réclamation au cas où Samira serait déclarée coupable à la suite de sa plainte. Il a répondu qu’il ne réclamait rien avec la dame.
Les réquisitions
Le ministère public a estimé que le vol n’était pas suffisamment caractérisé, le visage du suspect n’étant pas clairement identifiable sur la vidéo, et que la dénonciation calomnieuse ne pouvait être retenue, faute d’intention manifeste de nuire de la part de Samira.
L’avocat de Samira a soutenu : « L’infraction de dénonciation calomnieuse n’est pas caractérisée. Il n’y a pas eu d’intention de nuire. Elle a simplement pensé qu’il s’agissait d’ Alphonse, au regard des éléments dont elle disposait.
La procédure n’était pas achevée et le parquet lui-même a exprimé des doutes quant à la caractérisation du vol.
Si la juridiction estime que les faits de vol ne sont pas constitués à l’encontre d’Alphonse, cela ne signifie pas pour autant que ma cliente ait commis une dénonciation calomnieuse.
En conséquence, nous sollicitons la relaxe de Samira pour infraction non constituée. » Laver son honneur : les derniers mots d’Alphonse.
Il a déclaré avoir porté plainte uniquement pour laver son honneur.
« J’ai voulu me blanchir pour que les gens sachent que je n’ai rien volé. On m’a suspendu de mes activités à l’église protestante à cause de ces accusations », a-t-il affirmé.
Samira, quant à elle, a dit avoir agi par inquiétude pour la sécurité de sa famille.
Dans son verdict rendu le 3 mars 2026, le Tribunal de grande instance de Ouaga I a prononcé la relaxe de Dame Samira et d’Alphonse dans cette affaire de dénonciation calomnieuse et de vol.
Les juges ont estimé que l’infraction de dénonciation calomnieuse reprochée à Samira n’était pas constituée. Quant à Alphonse, poursuivi pour vol, il a été renvoyé des fins de la poursuite au bénéfice du doute.
Par ailleurs, le tribunal a déclaré irrecevable la constitution de partie civile et a rejeté la demande de remboursement des frais exposés.
Source: Zoodomail
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