Burkina/Justice: poursuivi pour pratique homosexuel, il est condamné

Le Tribunal de grande instance Ouaga 1 était le théâtre d’une audience qui dépassait le simple cadre judiciaire, le lundi 24 novembre 2025. S.M., un Burkinabè de 21 ans, comparaissait, poursuivi pour « pratique homosexuelle ». L’homme, à la taille d’environ 1,60m, une forme très fine et la tête teintée, simplement vêtu d’un jean et d’un tee-shirt, allait livrer un témoignage qui allait bien au-delà des faits reprochés. Récit d’une histoire qui donne froid au dos !

Il est 16h 00 au Tribunal de grande instance Ouaga 1 quand la chambre appelle le dossier pour jugement. Presque tout le public a vidé la salle. Étant sur notre téléphone et terminant un article, le mot « homosexuel », nous interpelle dès l’appel du dossier par la Chambre. Nous prêtons alors attention au dossier. Étant seul assis dans l’assistance, la Chambre nous interdit la prise de note avec notre téléphone. Fort heureusement, nous avions un stylo et un bloc-notes dans notre sac. Nous continuons la prise de notes.

Devant une salle glacée de silence, le prévenu S.M. a retracé son histoire. Une histoire qui, explique-t-il, a commencé « depuis le bas âge ». « En fait, je suis efféminé. Depuis mon bas âge je ne fais que des choses pour femme, de l’habillement jusqu’à la démarche et même les fréquentations », a-t-il déclaré, posant d’emblée les bases d’une identité vécue comme une évidence. Il a précisé que ses parents n’avaient jamais vraiment pris en compte cette différence, espérant que cela passerait avec l’âge.

Puis est venue la révélation d’une souffrance physique intime, lâchée par le prévenu S.M. devant le tribunal. « Je n’ai jamais senti mon sexe, je n’ai jamais été en érection ! », a-t-il affirmé tête baissée, créant un calme dans la salle d’audience. Cette prise de conscience a conduit le prévenu S.M. à chercher des solutions.

Poursuivant son témoignage, le prévenu S.M. dit avoir d’abord consulté un guérisseur, sans succès, puis a réuni assez d’argent pour voir un spécialiste à l’hôpital. Le diagnostic a été un coup de massue, a-t-il regretté. « Le docteur m’a dit que c’est fini. Que c’est une malformation. Il m’a parlé de bisexuel ou de transgenre… J’ai compris que c’était fini pour mon sexe. Je me suis résolu à engager la voie de l’homosexualité », a-t-il raconté, décrivant ce choix comme une résignation à sa nature et à son apparence, qui attirait déjà les hommes.

Ce chemin a conduit S.M. à l’exclusion familiale. Après en avoir parlé à ses parents, ceux-ci l’ont mis à la porte. « Aujourd’hui si on me montre mes parents je ne saurai les reconnaître », a-t-il laissé entendre, la voix chargée d’une émotion contenue. Seul, il a trouvé refuge à Ouagadougou, hébergé par une femme compatissante qui lui a imposé une seule condition : « ne jamais envoyer ses amis à la maison ».

C’est là que sa vie sociale a pris une nouvelle tournure. Le prévenu S.M. a intégré, via une rencontre d’un autre homosexuel dans un maquis, un réseau discret d’homosexuels, avec des bases dans les quartiers de Gounghin et Balkui.

Le prévenu S.M. a avoué des soirées privées, parfois dans des ambassades occidentales, fréquentées par des « hauts responsables » et des hommes mariés qui dissimulaient sa présence à leurs épouses, pour ensuite passer à l’acte « entre hommes ».

S.M. a aussi révélé des pratiques qui l’ont effrayé, comme cette séance occulte avec « un grand homme » demandant un couple homosexuel-lesbien, le poussant à fuir.

Atteinte à la pudeur…

Les faits précis ayant conduit son procès concernent deux mineurs. Tout est parti de H.B., 17 ans, qui a contacté S.M. sur Facebook, attiré par sa photo de profil féminine. Pensant avoir affaire à une femme, H.B lui a proposé ses services contre de l’argent. Après avoir révélé sa vraie nature lors d’un rendez-vous, S.M. a eu des relations avec lui à trois reprises. H.B. a ensuite donné son contact à V.J., 15 ans, avec qui les relations se sont également produites. Le prévenu S.M. a précisé qu’il ne savait pas que l’homosexualité était un délit au Burkina Faso. « Je savais que les gens n’aimaient pas, mais je ne savais pas que c’était puni par la loi », a-t-il assuré.

La découverte de ces échanges par le père de H.B., un haut fonctionnaire dans une Force paramilitaire, a mis fin à cette période. « Mon fils a été chassé de son école pour consommation de la cigarette. Le même jour où il a été pris, j’ai pris son téléphone et lui ai demandé de le déverrouiller. Je suis tombé sur ces actes. Et pire le fils du voisin, 15 ans, était aussi impliqué. Naturellement je suis pris de colère et panique », a témoigné le père à la barre. Avec l’aide de son fils H.B., il a alors tendu un piège à S.M. pour le localiser à Zorgho, où ce dernier tentait de refaire sa vie dans la pâtisserie et l’a fait arrêter.

À la barre, H.B., le jeune de 17 ans, a confirmé les faits avec une froideur. « Je le faisais pour l’argent », a-t-il simplement répondu, ajoutant que « les sensations sexuelles étaient les mêmes, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme ».

Interrogé sur ce qui lui manquait à la maison, face à un père fonctionnaire, il n’a répondu que par un silence éloquent. H.B. a, tout de même reconnu qu’il agissait juste pour avoir de l’argent. H.B dit avoir contacté S.M. sur Facebook pensant qu’il était réellement une femme qui voulait des services sexuels contre rémunération.

Le Procureur a reconnu que les faits d’homosexualité, commis avant l’entrée en vigueur de la loi la réprimant (en septembre 2025) ne pouvaient être retenus contre le prévenu S.M.

En revanche, il a requis 24 mois de prison et une amende pour « atteinte à la pudeur » sur mineurs, au titre des bonnes mœurs.

Le prévenu S.M., dans son dernier mot, a imploré le pardon des parents et des juges. « Je n’ai pas de famille. Ce travail [de pâtissier] est ma seule famille », a-t-il supplié, demandant une chance de se reconstruire.

Le Tribunal de grande instance Ouaga 1 statuant publiquement, contradictoirement en matière correctionnelle et en premier ressort a renvoyé le prévenu pour les faits de pratique homosexuelle pour infraction non constituée. Cependant, les juges ont condamné le prévenu pour atteinte à la pudeur. En répression, les juges l’ont condamné à 6 mois de prison avec sursis et 250 000 F CFA d’amende avec sursis.

Pour finir, les juges ont adressé un conseil paternel à S.M. Ils lui ont demandé de vraiment se consacrer à sa reconversion. « Nous vous avons donné une deuxième chance… Prenez conscience, sachez faire la part des choses pour être utile à la société », ont-ils lancé au prévenu.

Perdu dans le circuit judiciaire, S.M. n’a pas immédiatement compris qu’il était libre. Il a demandé au président de changer de cellule à la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO), se plaignant de la fumée de cigarette des autres détenus. La chambre l’a rassuré avec bienveillance. « Ne vous en faites pas. La décision qu’on vient de rendre vous met en liberté », a informé le Président de la chambre au prévenu.

Conformément à la loi, le prévenu disposait de 10 jours à compter de la date de délibération pour faire interjeter appel de la décision des juges.

En guise de précision, le Burkina Faso a adopté depuis le 1er septembre 2025, un nouveau Code des personnes et de la famille (CPF). Ce Code prévoit des peines d’emprisonnement allant de 02 à 05 ans, assorties d’amendes pour les personnes qui se rendront coupables de pratiques homosexuelles. Cette loi n°012-2025/ALT du 1er septembre 2025 portant code des personnes et de la famille (CPF) au Burkina Faso a été promulguée par le chef de l’État, le Capitaine Ibrahim Traoré le mercredi 1er octobre 2025. Elle entre donc désormais en vigueur depuis cette date.

Source : Minute.bf avec Justice Infos Burkina

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